T E R M I N A L E--S--A--N O U S--2
L'histoire suivante est extraite d'une revue scientifique destinée aux collégiens et aux lycéens. Elle est authentique, et vécue. Elle date du début du XXème siècle.
Le narrateur est professeur de physique.
Un jour, j'ai reçu un coup de téléphone d'un collègue, à propos d'un étudiant. Il voulait lui donner zéro à une question de physique, alors que l'étudiant estimait mériter 20. Le professeur et l'étudiant se mirent d'accord pour choisir un arbitre impartial, et je fus choisi.
Je lus la question d'examen:
"Montrez comment il est possible de déterminer la hauteur d'un building à l'aide d'un baromètre".
Le professeur attendait évidemment que l'étudiant calculât la hauteur du building, en utilisant la différence de pression constatée sur le baromètre, entre le sol et le sommet du bâtiment.
L'étudiant répondit :
« On déplace le baromètre au sommet du building et on lui attache une corde. On le fait glisser jusqu'au sol, puis on le remonte. On mesure la longueur de la corde : sa longueur donne la hauteur du building ».
L'étudiant avait répondu correctement et complètement à la question posée. Mais, je ne pouvais pas attribuer une note pour cette réponse car, alors, il aurait été reçu à son examen de physique sans avoir montré de connaissances en la matière. Je proposai donc de lui donner une autre chance, en lui demandant de répondre en six minutes à la même question, et ceci, en utilisant seulement ses connaissances de physique.
Comme après cinq minutes, il n'avait toujours rien écrit, je lui demandai s'il voulait abandonner. Il répondit qu'il avait plusieurs réponses possibles, mais qu'il cherchait la meilleure d'entre elles. Je m'excusai de l'avoir interrompu et le priai de continuer.
Dans la minute suivante, il me répondit :
« On place le baromètre à hauteur du toit. On le laisse tomber en calculant son temps de chute. Ensuite, on utilise la formule x=1/2gt2 d'où l'on tire la hauteur du building ».
À ce moment-là, je demandai à mon collègue enseignant si la réponse lui paraissait concluante. Il me répondit par l'affirmative et donna presque un 20/20 à l'étudiant.
En quittant mon bureau, je rappelai tout de même l'étudiant, puisqu'il avait dit avoir plusieurs solutions pour résoudre sa question d'examen.
« Eh bien, dit-il, on peut par exemple placer le baromètre dehors, dès qu'il fait soleil. On calcule la hauteur du baromètre, la longueur de son ombre et celle de l'ombre du building. Ensuite, par un simple calcul proportionnel, on déduit la hauteur du building ».
Bien, lui répondis-je, et les autres réponses ?
« Il y a une autre méthode très simple que vous allez sûrement apprécier.
On monte les étages avec le baromètre et, dans le même temps, on repère par des traits la longueur du baromètre sur le mur. En comptant le nombre de traits, on obtient la hauteur du building en longueurs de baromètre.
Toutefois, il y a encore bien d'autres façons pour résoudre ce problème. Probablement, la meilleure d'entre elles est de descendre au sous-sol, de frapper à la porte du concierge et de lui dire : j'ai pour vous un splendide baromètre, si vous me dites quelle est la hauteur du building ».
Alors, je demandai à cet étudiant s'il connaissait la réponse que j'attendais. Il l'admit, mais déclara qu'il en avait marre de ces professeurs qui essayaient de lui apprendre comment il devait penser.
L'étudiant en question s'appelait Niels Bohr. Il reçut le prix Nobel de physique en 1922.